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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
Renaissance du Vieux Metz et desPays Lorrains

Mercredi 7 juin 2023

Relation de la visite du site verrier de Meisenthal et du champ de bataille de Woerth-Froeschwiller (6 août 1870). 

 

 

Nous eûmes droit à deux visites des plus enrichissantes, le matin, à l’ancienne verrerie de Meisenthal complètement restaurée, l’après-midi, sur le champ de bataille de Woerth (bataille du 6 août 1870) puis au musée. Le dynamisme, voire l’enthousiasme manifesté par nos guides contribuèrent largement au succès de la journée. Le groupe en revint le soir particulièrement ravi. Les distances à parcourir et l’abondance des informations auxquelles nous eûmes droit donnèrent parfois l’impression de devoir courir après le temps. Des prolongations auraient été les bienvenues mais il fallait bien rentrer !

 

Meisenthal nous offrit un nouveau visage de l’histoire de la verrerie, dans un cadre architectural entièrement repensé, au terme de quatre années de restauration. L’élément le plus étonnant est cette terrasse – en hauteur- ondulant et reliant les différents bâtiments, véritable trait d’union entre tous les thèmes présentés. Qui dit nouveau visage, dit nouvelle approche de la connaissance de l’histoire et de la pérennité du site.

Ce sont trois siècles d’histoire d’une verrerie que l’on nous présenta. Née en 1705, elle bénéficia de la faveur du duc Léopold et des ressources locales notamment le bois des forêts et la silice des grès vosgiens. Elle faillit disparaître à jamais en 1969 lorsque l’usine ferma ses portes ; son destin fut cependant éclatant à certaines époques (collaboration avec Émile Gallé entre 1861 et 1894 par exemple), entraînant des agrandissements constants et l’aménagement de nouveaux fours ; mais il y eut aussi des moments plus sombres comme lors de l’Annexion de l’Alsace- Moselle qui fit perdre le marché français, les conflits mondiaux, la concurrence étrangère, au XXe s. surtout, ainsi que celle du plastique. Malgré tout, les objets en verre n’ont cessé d’évoluer tout au long de ces trois siècles.

L’installation du Centre International d’Art Verrier en 1992 fit repartir l’activité dans un domaine privilégiant l’art à la production de masse. A la ligne autrefois exclusivement traditionnelle de production, s’est adjointe dorénavant une ligne de production plus contemporaine, où le design occupe une place de choix. Certes l’entreprise ne connaîtra plus des effectifs aussi pléthoriques que ceux du temps jadis (650 salariés en 1921) avec seulement une dizaine de maîtres verriers actuellement. Mais le site a su diversifier ses activités et combiner – à côté de l’art verrier- ce que nos guides, Zélia et Aurélie, appellent la musique (concerts dans la halle), les expositions, le design, en un mot, le patrimoine et l’art contemporain.

Durant les deux heures et demie passées dans l’enceinte, nous pûmes appréhender toute cette richesse culturelle à travers deux diaporamas, des galeries d’exposition, des créations de toutes époques, judicieusement commentées par nos guides ; les salles sont aménagées dans d’anciens bâtiments réhabilités ; le choix de ne présenter qu’une sélection d’objets caractéristiques et remarquables des époques permettaient d’apprécier à leur juste valeur ces objets qui marquaient le quotidien des populations mais aussi des moments plus festifs. La visite se termina par le travail – quotidien- de fabrication par un maître-verrier d’un verre à pied. L’occasion nous était fournie de comprendre pourquoi il fallait du temps pour acquérir la maîtrise de l’art du verre : 4 ans d’école à Sarrebourg, suivis de plusieurs années d’apprentissage à l’usine.

Après une déjeuner très apprécié pris au Soufflet à Gundershoffen, et qui a, sans faire de jeu de mot, soufflé plus d’un, nous nous rendîmes sur le lieu de la célèbre bataille du 6 août 1870, connue par la chanson de Reichshoffen même si aucun combat ne s’y déroula. Notre intarissable guide, Mr. Roland Hoyndorf, président de l’Amicale de la bataille du 6 août, captiva l’auditoire aussi bien sur les lieux mêmes des affrontements qu’au musée de Woerth, installé au même lieu que la mairie, dans un ancien château Renaissance dont il ne reste que le donjon. Durant deux heures, nous eûmes droit au récit des premiers jours du conflit (Wissembourg, Forbach) puis des circonstances et du déroulement de cette journée tragique pour l’armée française, tant sur le plan humain (20 000 morts) que sur le plan stratégique (la route des Vosges et donc celle de Paris était ouvert aux armées prussiennes).

L’histoire retient surtout de cette bataille les deux charges héroïques, mais complètement inutiles, des escadrons de cuirassiers, l’une au sud près de Morsbronn, commandés par le général Michel, l’autre au nord, sur Woerth, sous les ordres du général Bonnemain ; ces charges furent ordonnées à 3 heures d’intervalle par Mac Mahon qui entendait éviter un encerclement de ses fantassins au centre. En quelques minutes, des centaines de cavaliers furent décimés et le sort de la bataille était ainsi scellé : c’est depuis le seul poste télégraphique accessible de Reichshoffen qu’il avertit l’empereur de sa retraite. Malgré leur supériorité numérique (100 000 hommes contre 80 000 Français) et matérielle (264 canons à obus percutants contre 133 canons français équipés pour la majeure partie d’entre eux d’obus fusants, moins efficaces), les armées coalisées autour de la Prusse (on ne parlait pas encore d’armée allemande) subirent des pertes importantes. C’est ce qui explique la présence de nombreux monuments érigés en mémoire des victimes militaires. Chaque principauté allemande entendit rendre hommage à ses propres morts, d’où le nombre importants d’édifices construits, au milieu d’innombrables tombes – individuelles ou collectives (on en totalisa 700), creusées à la hâte au lendemain de la bataille, afin d’éviter toute épidémie. Il en découla un tourisme de mémoire, pratiquement un tourisme de masse, où affluaient aussi bien les familles des anciens combattants que de simples citoyens allemands, galvanisés par la propagande nationaliste wilhelminienne.

Les villages des alentours profitèrent de l’aubaine en multipliant les hôtels-restaurants (il y en eut jusqu’à 13) et commerces de souvenirs (certains objets sont exposés au musée). Les restaurateurs n’hésitaient pas à exhiber dans leur établissement divers matériels ramassés sur le champ de bataille (uniformes, armes blanches….).

Le prince héritier Frédéric, fils de Guillaume Ier, commandant l’armée dans ce secteur, eut droit à une statue équestre en 1895, 6 ans après sa mort (Frédéric III est parfois surnommé l’empereur de 99 jours) ; il ne reste aujourd’hui que la tête monumentale, exposée au musée mais qui connut un destin singulier. Mr. Hoyndorf eut la surprise de la voir lors d’une visite fortuite aux Invalides, alors qu’il croyait comme tous ses concitoyens, que le monument avait été entièrement dynamité par les Français en 1919 ! Après bien des discussions avec les autorités militaires, il put la récupérer et la ramener à Woerth ; mais elle ne fut que prêtée à la commune, avant que celle-ci ne puisse en obtenir la propriété définitivement.

Certains monuments étaient marqués de symboles germaniques très forts comme l’aigle impérial. Notre guide prit plaisir à évoquer les mesures de « rétorsion » prises, à chaque fois par les nouveaux vainqueurs, en 1919, 1940 et 1945 ; l’aigle impérial subit la vindicte française en 1919, tout comme les symboles français le furent en 1940 par les Allemands !

Il relata un épisode qui, selon lui, constitue le premier affrontement franco-allemand en 1870; la scène se passe à proximité de Woerth, au hameau de Schirlenhof, aujourd’hui rattaché à la commune de Gundershoffen. Ce jour là, le 25 juillet 1870, alors que la guerre n’avait pas véritablement commencé, un détachement de cavaliers prussiens, mené par le lieutenant Zeppelin (célèbre pour être l’inventeur de l’aéronef portant son nom) menant une opération de reconnaissance, fut surpris par les Français ; il y eut deux victimes, les deux premières de cette guerre, une dans chaque camp ; le comte n’eut la vie sauve qu’en s’enfuyant par une fenêtre, avant de regagner la frontière à cheval.

Au musée nous pûmes voir un ensemble très fourni de documents, tableaux, cartes postales d’époque, mais aussi d’uniformes, de casques, de coiffes, d’ustensiles nécessaires à la vie du soldat, sans oublier un diorama de plus de 1 000 figurines retraçant un instant de cette bataille. La visite parut bien courte, parfois menée au pas de charge, sans conséquence pour le groupe.

 

En conclusion nous pourrions reprendre la réflexion de notre guide : il est logique de souhaiter une bonne santé à nos êtres chers, mais ne faudrait-il pas souhaiter la paix car ce lieu a vu trop de jeunes hommes en bonne santé y perdre la vie…..

 

Gérard Colotte