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Conférence

samedi 21 novembre

 

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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
38-48 Rue Saint Bernard

57000 METZ

 

 

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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
Renaissance du Vieux Metz et desPays Lorrains

NEUFCHÂTEAU

30 SEPTEMBRE 2026

Le programme articulait la découverte de Neufchâteau le matin, aux deux sites de Grand et de Domremy-la-Pucelle, l’après-midi.  La météo qui s’annonçait maussade voire pluvieuse, s’autorisa à nous accorder un répit fort apprécié. À notre descente du bus en centre ville grâce à l’amabilité de M. le Maire qui autorisa, à titre exceptionnel, le stationnement de notre cariste – qu’il en soit vivement remercié-  nous fûmes reçus par notre guide conférencier, Pascal Joudrier. Fin connaisseur de sa cité d’adoption et par ailleurs, membre de l’Académie Stanislas, il  nous retraça de prime abord, les points majeurs à retenir  de l’histoire néocastrienne. En commençant par un paradoxe : la situation stratégique  et politique de la ville n’a guère attiré de population, quelles que soient les époques alors qu’elle se trouvait à un carrefour de grandes voies de communication au Moyen Age. Mais le traité signé en 1301  entre le roi de France et l’empereur du Saint-Empire, qui firent de la Meuse la frontière entre les deux ensembles territoriaux, changea la donne. Devenue ville frontière, située dans le duché de Lorraine, elle fut le théâtre de nombreux confits, à l’échelle régionale comme nationale. Toutefois elle connut des périodes fastes, notamment aux XVIe et XVIIIe siècles. Des édifices remarquablement conservés, que nous pûmes visiter, en sont les témoins architecturaux les plus visibles, peu connus des touristes. Leur découverte en surprit plus d’un parmi nous. Nous sommes redevables à notre guide d’avoir partagé avec nous sa passion et nous avoir ainsi fait comprendre en quoi ces constructions étaient remarquables.

 

À commencer par l’ancien hôtel Jean Mengin de Houdeville, devenu propriété de la commune qui y installa en 1803 l’actuelle mairie. Ce riche marchand de grains et, par ailleurs, lieutenant du baillage de Vôge et conseiller d’Etat du duc de Lorraine, fit reconstruire la demeure familiale de 1578 à 1594 (elle conserve encore les caves voûtées d’ogives de l’édifice  antérieur, daté du XVe siècle). C’est le plus remarquable édifice de la Renaissance dans le centre historique de la ville. Il est étonnant à plus d’un titre. La façade principale en premier lieu : elle n’a qu’un seul étage et superpose les ordres toscan et ionique, soulignés par une corniche. Surtout, la porte monumentale, rejetée à droite (pas d’effet de symétrie recherché), n’a pas d’équivalent en Lorraine en 1583 : accostée de deux colonnes cannelées, surmontées de chapiteaux corinthiens, l’arcade qui la surmonte est couverte de sculptures de fruits et de palmes. L’entablement  est richement décoré de feuillages, de fruits et de cornes d’abondance. La décoration traduit la réussite sociale du propriétaire anobli en 1576.

Le bâtiment abrite un escalier remarquable à 5 paliers. Les plafonds de cet escalier sont décorés de rubans entrelacés, figures géométriques, fleurs et inscriptions religieuses.  Pascal Joudrier, en fit une analyse minutieuse, insistant sur la symbolique religieuse du décor. Cette dernière est fortement imprégnée des idées de la Réforme protestante en montrant les étapes de l’élévation de l’Homme vers Dieu.  Le choix s’explique par la conversion de l’artiste au protestantisme et par la proximité du seigneur de Houdeville avec la Réforme, bien qu’il ne se soit jamais affiché publiquement protestant, exercice que sa fonction politique auprès du duc de Lorraine catholique  l’empêchait de paraître. En sortant, nous vîmes le puits, surprenant dans sa décoration : sa coupole est surmontée par un fantassin habillé à l’antique,  allusion au soldat du Christ (épître aux Ephésiens). À l’intérieur de la coupole, un mascaron aspire à boire l’eau vive de la parole divine. Le temps de la visite nous parut très court tant le guide sut nous captiver par ses descriptions suivies d’explications claires et précises.

 

Il nous offrit ensuite une visite inattendue car non prévue dans le programme : la découverte de l’ancienne chapelle funéraire dédiée à Pierre Woeiriot dans l’église Saint-Christophe. Il était orfèvre auprès du duc René II qui l’anoblit en 1505. Ceci explique le soin et l’audace de la construction du voûtement à clés pendantes et sans voûtains. La clé principale, au centre, mesure à elle seule 1,13 m ! Les arcs ne supportent pas le plafond qui semble suspendu au-dessus. Une véritable prouesse technique au début du XVIe siècle. Le groupe sculpté au centre de la chapelle (XVIe siècle) représente Sainte Anne Trinitaire (Sainte Anne, la Vierge Marie et l’enfant Jésus). De nos jours, la chapelle sert de fonts baptismaux.

 

En remontant la rue de la Comédie, nous sommes entrés dans l’ancien théâtre municipal, le Scala. À l’origine, c’était un couvent fondé par les sœurs de la Congrégation Notre-Dame d’Epinal, venues s’établir dans la cité néocastrienne en 1639. Chassées à la Révolution, elles laissèrent les lieux vides quelques décennies avant que la municipalité, nouveau propriétaire du site, ne décidât d’établir un théâtre à l’italienne dans l’aile droite de l’ancien couvent (le décor d’origine a malheureusement disparu depuis). Entièrement restauré entre 1891 et 1893, l‘artiste déodatien, Gaston Save, en peint le décor que nous pouvons encore admirer. Après la Première Guerre, la mode ayant changé, le cinéma s’installe dans les villes. Neufchâteau ne fait pas exception, et en 1925, le théâtre fait place à une salle de cinéma. Aujourd’hui, les portes sont closes depuis 2018 et cet ancien théâtre et cinéma se cherche une nouvelle fonction. En attendant, revenons au fameux décor, notamment à celui du plafond peint en trompe-l’œil. Pascal Joudrier nous fit remarquer que l’ensemble met en valeur la République mais, qu’en regardant de plus près, la symbolique des personnages et des objets faisait référence à la franc-maçonnerie. Apollon (dieu des Arts)  tient sa lyre dans un temple d’où, à côté d’un rideau fermé aux trois-quarts, émergent trois têtes d’angelots tenant chacun une flûte. L’acacia, arbre des francs-maçons borde le temple à gauche tandis qu’un jeu de guirlandes dessine un M et un B, symbole que l’on retrouve sur les tabliers des francs-maçons. Les étapes d’entrée dans la franc-maçonnerie y sont  symboliquement montrées de manière allusive.

 

 

L’avant dernière étape de notre parcours urbain s’arrêta à la place Jeanne d’Arc (anciennement place du marché et place royale, cœur historique de la cité) dominée par la statue de la Domrémoise, sculptée par l’artiste messin, Charles Pêtre, en 1857-59. On se vit proposer la visite de deux hôtels particuliers. Le premier est appelé Maison des Goncourt. Celle-ci doit son nom à ses propriétaires du XIXe siècle : l’oncle et le grand-père des écrivains Jules et Edmond de Goncourt. La demeure est cependant bien plus ancienne ; elle fut construite dans la seconde moitié du XVIIIe siècle par un riche marchand de Neufchâteau, Jean Huguet. C’est encore aujourd’hui une propriété privée et nous remercions son propriétaire de nous avoir ouvert ses portes afin d’admirer un curieux pavillon situé au fond du jardin. Sous les traits de divinités antiques, quatre statues symbolisent les quatre saisons et ornent l’édifice, côté jardin. Un décor aux motifs d’instruments de musique indique la destination voulue par les premiers propriétaires.  Nous sommes à quelques années de la Révolution et le siècle connaît alors une éclosion de petits théâtres. Ici, comme notre guide nous l’indiqua, il s’agissait de représentations de scénettes mettant en jeu des « artistes amateurs » qui se réunissaient pour se distraire. Un petit théâtre privé en quelque sorte où il n’est pas sûr qu’on y jouât très souvent.  Il restait encore à voir, sur la même place Jeanne d’Arc l’ancien hôtel Collenel (XVIIIe siècle), racheté par notre guide qui y a installé un véritable petit musée dédié à l’art chrétien.

 

Pour finir une matinée déjà bien remplie, nous nous rendîmes à l’église Saint-Nicolas. Edifice curieux par la superposition de deux constructions : la première, plus ancienne (XIIe siècle) et plus petite, servant de soubassement à la construction actuelle, de style gothique, plus vaste, afin de conserver la planitude nécessaire dans une topographie urbaine tourmentée.  Notre attention fut attirée par le groupe sculpté – presque de hauteur humaine- représentant la Mise au tombeau (milieu XVIe siècle) ou, selon notre guide, l’Onction du Christ. Les statues proviennent du couvent des Cordeliers de Neufchâteau et ont été disposées sans respecter la position traditionnelle de chacun des personnages autour du Christ déposé à terre. Le sépulcre fut, en effet, racheté à la Révolution par la fabrique de la paroisse Saint-Nicolas qui le mit en lieu sûr avant de le remonter, un peu curieusement, sous la Restauration.

 

 

Après le repas pris au restaurant L’Evidence, fort apprécié des participants, nous entreprîmes de remonter le temps en nous rendant d’abord à Grand, la gallo-romaine, puis à Domremy-la-Pucelle, le berceau natal de Jeanne d’Arc. Les deux visites furent conduites par Pauline Hilaire, médiatrice culturelle. Sur un ton enjoué et avec le souci d’une pédagogue experte, elle sut nous conter l’histoire des deux sites tout en testant nos connaissances apprises dans notre jeunesse. Quel contraste entre une localité très peuplée à l’époque romaine (18 000 hab.) et celle d’aujourd’hui, habitée par quatre cents âmes ! De la ville antique, on ne sait pas grand-chose. Pas d’archives, peu de traces archéologiques, hormis l’amphithéâtre, la mosaïque et sans doute le sanctuaire d’Apollon Grannus, dont le nom est à l’origine de celui de Grand. Mais Grand était-elle l’Andésina de la carte de Peutinger ?

 

Nous débutâmes par l’amphithéâtre, l’un des plus grands dans le monde romain avec ses 18 000 places. Il fut construit à partir de la fin du Ier siècle de notre ère. Cet amphithéâtre ou plutôt ce demi-amphithéâtre, long de 148 m dans l’axe du corridor, est adossé à la pente d’un vallon et ne comporte qu’un seul demi-cercle. Sans doute que les architectes estimaient la capacité déjà suffisante pour ne pas avoir à ajouter l’autre partie. Le long de ce long corridor, une série de pièces étaient aménagées pour accueillir les gladiateurs ainsi que les fauves. Notre guide nous retraça le déroulé des journées lors des spectacles antiques, toujours financés par des mécènes qui avaient droit, comme il se doit, à des sièges plus confortables en bas des gradins, très proches de l’arène. Le matin était réservé aux luttes entre fauves, l’après-midi aux combats de gladiateurs qui ne se terminaient pas, contrairement à une idée reçue, par la mort systématique des perdants. Les gladiateurs étaient des professionnels et leurs propriétaires avaient intérêt à les conserver le plus longtemps possible, histoire de rentabiliser les investissements. À l’entrée de l’arène, deux petites pièces servaient de « salle d’attente » des fauves avant d’entrer en lice. Les spectacles étaient gratuits mais les spectateurs les plus pauvres étaient relégués aux gradins supérieurs, tout en haut  de l’amphithéâtre.

 

Déserté à la fin de l’Empire romain, celui-ci servit de carrière de pierres et disparut sous des monticules de terre au point qu’au XIXe siècle, personne dans les environs ne se souvenait de  son existence. La découverte fortuite par des élèves de l’école primaire relança l’intérêt pour ce monument antique qui souleva alors bien des interrogations, suscita des prises de positon parfois surprenantes (une ancienne église ?). Les travaux de désenfouissement au XXe siècle eurent pour effet de voir les pierres s’éroder par les intempéries. Aussi, fut-il décidé de recouvrir la plupart des vestiges des gradins de sièges en bois. Ceux-ci permettent, en plus du rôle de protection,  la tenue de manifestations théâtrales et musicales qui participent à la notoriété du site et au financement des nécessaires travaux de restauration.

 

Nous nous rendîmes ensuite dans l’ancienne basilique romaine, édifice qui à cette époque répondait à de multiples fonctions (politique, judiciaire, économique). Son centre d’intérêt : la mise à jour d’une mosaïque en 1883 dans ce qui fut l’abside de cette basilique.   Elle occupe un espace de 232 m2 (14 m sur 13 m) et prolonge la nef de la basilique qui mesurait 20 m dans sa longueur. La mosaïque est datée  de la fin du IIe siècle. Elle présente notablement de très fines tesselles (petits cubes de calcaire et de pâte de verre de 0,5 à 0,8 cm2) qui permettent de dessiner des motifs extrêmement nets - avec des formes géométriques sur les bords, des animaux autour d’une scène vivante placée en son centre (l’emblema). Celle-ci montre deux personnages : l’un est debout sous un auvent, portant un masque comique sur le visage. Il est drapé d’une large pièce d’étoffe jaune et grise à franges, décorée par des galons colorés (rouge, jaune et bleu). Il s’avance, un bâton recourbé à la main gauche, vers un deuxième personnage revêtu d’un justaucorps jaune grisâtre en grande partie détruit. Les historiens ont identifié cette scène comme correspondant à une pièce de l’auteur comique, athénien d’origine, Ménandre (342-290 av. J.-C.).   

 

La fin du voyage se déroula à Domremy-la-Pucelle qui vit naître Jeanne d’Arc vers 1412. Notre guide tenta de nous convaincre que la véritable orthographe de la localité ne comporte pas d’accent aigu sur le « e » contrairement à l’usage courant. Avant d’entrer dans la maison natale, elle nous rappela le contexte historique et géographique du village et de la famille d’Arc. Le village situé sur la rive gauche de la Meuse (voir traité de 1301) était théoriquement sous la souveraineté indirecte du roi de France, par l’intermédiaire du comte de Champagne.  Mais une partie dépendait du Barrois non mouvant, donc indépendant, car le souverain (comte puis duc de Bar) n’était autre que le duc de Lorraine au début du XVe siècle. Jeanne appartenait à une famille de paysans aisés et, contrairement à la légende, ne passait pas son temps à garder les moutons ! Notre guide prit plaisir à nous faire découvrir ce que devait être la véritable maison de Jeanne d’Arc. Le profil de la maison en façade laisse à penser  que la construction était prolongée par un autre corps de ferme au XVe siècle, aujourd’hui disparu. On entre d’abord dans la pièce de vie qui servait tout à la fois de cuisine, de salle à manger et de salle de causerie ; de petites pièces à l’arrière étaient probablement des chambres à coucher où dormit Jeanne avec sa sœur. Un escalier en bois menait à d’autres pièces. Son état, très abîmé par le temps, interdit toute visite de l’étage.

Après cette visite, Pauline nous amena au centre d’interprétation Johannique. Installé dans une construction moderne. L’exposition nous permit de découvrir, de manière individuelle, l’époque de Jeanne d’Arc à travers une thématique très variée (jeux, religion, économie, etc.). Ce fut la fin de notre présence en terre vosgienne du jour.

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