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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
38-48 Rue Saint Bernard

57000 METZ

 

 

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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
Renaissance du Vieux Metz et desPays Lorrains

            CHARLEVILLE - MÉZIÈRES,            mercredi 29 avril 2026

Notre sortie permit de découvrir une ville née de la fusion des deux anciennes cités : Charleville et Mézières, si proches et pourtant si différentes. L’occasion de revisiter deux histoires. Le site a de quoi surprendre de prime abord. La Meuse y dessine un double méandre, avec Mézières au sud et Charleville au nord. L’histoire fut  aussi déterminante : Mézières- vieille cité médiévale-  faisait partie du royaume de France, Charleville appartenait au domaine impérial où son fondateur, Charles de Gonzague (1580-1637), s’institua, de son propre chef, prince d’Arches ; c’est le nom du village de pêcheurs qu’Il fit raser pour bâtir sa ville, intégrée au royaume de France par Louis XIV, trois générations plus tard.

 

Le matin fut consacré à Charleville dont le nom vient donc de son fondateur, duc de Rethel et de Mantoue. Il l’a conçue comme une ville idéale, fortement inspirée de modèles italiens. Une ville destinée à apporter paix et prospérité à ses habitants, ce qui ne l’empêcha pas de faire construire une enceinte bastionnée. Il lui fallait un architecte à la hauteur de son ambition. Il le trouva en la personne de Clément Métézieux, frère de l’architecte d’Henri IV. Il traça un plan de rues en damier, autour d’une place centrale (place ducale), emblème de la ville. Des règles en matière de constructions en faisaient une ville harmonieuse, une ville aérée grâce à des places secondaires. La lumière était recherchée par des rues bien plus larges que celles des temps médiévaux.

 

Point de départ du circuit : la place ducale. Elle est encadrée par un ensemble de 24 pavillons et 4 demi-pavillons qui s’en distinguent par une hauteur légèrement supérieure à celle de l’ensemble des constructions. Les édifices occupent trois des quatre côtés de la place. Deux statuettes placées au premier étage de deux demi-pavillons sont le reflet de la volonté du prince d’Arches de mettre sa ville sous la protection de la Vierge et d’Ignace de Loyola, fondateur de la Congrégation des Jésuites. Pour renforcer l’harmonie des constructions, C. Métézieux eut recours à l’emploi alterné de briques et de pierres jaunes, le tout avec des chaînages en forme de « harpe ». Sur le côté ouest devait se tenir le palais ducal, commencé mais jamais terminé, faute de financement. L’aile donnant sur la place, sorte de coquille vide, squatté au XVIIIe siècle et endommagée à la Révolution, fut démolie pour permettre l’érection de l’actuel hôtel de ville dont le style néo classique ne dépareille pas trop avec l’ensemble des constructions de la place. Son carillon sonne depuis 1947 « le Chant du Départ » composé par l’Ardennais, Etienne Méhul.

 

 

La rue de la République (ancienne rue Charles) conserve encore quatre statuettes au-dessus de boutiques commerciales. Quatre divinités antiques qui sont autant de rappel des vœux de richesses et protection du fondateur pour sa cité : Tysché, Cérès, Junon et Mars.

 

La rue P. Bérégovoy  qui poursuit la voie précédente, nous permit de voir la maison natale d’Arthur Rimbaud (au numéro 12) dont la vie nous a été brillamment présentée par  Catherine Leclaire dans le bus avec, en introduction, un poème récité avec cœur. Un propos fort apprécié des participants. Un grand merci.

 

En poussant plus loin notre chemin, nous nous arrêtâmes un instant devant la fontaine  surmontée de la statue de Charles de Gonzague. Cette fontaine est la réplique de la fontaine d’origine (à la différence que le Prince n’y était pas représenté) installée en lieu et place dès 1899 au centre de la place ducale. En 1999, au grand désespoir d’une partie de la population, la fontaine fut déplacée à l’extrémité de la rue Bérégovoy, remplacée par une troisième fontaine de facture bien modeste. Plus loin se situent les anciens locaux du Petit Ardennais [le quotidien prit le nom l’Ardennais après 1945] dans une  belle bâtisse de style néogothique construit pour Georges Corneau (fils de l’industriel Emile Corneau, spécialisé dans la fonderie) par Jean Racine, en 1886. L’occasion de revenir sur la destinée du lieu pendant la Première Guerre mondiale, pendant laquelle il servit tout à la fois à l’impression  du journal de propagande La Gazette Ardennaise, et de locaux au cabinet militaire du Kaiser. Charleville servit, en effet, d’octobre 1914 à août 1916 de GQG de l’armée allemande. De ce passé d’occupation, il ne reste que quelques bâtiments qui ont vu résider de nombreux dirigeants allemands : l’empereur Guillaume II (avec toute sa suite), le chef d’Etat Major, le général von Falkenhayn (il occupa la préfecture où il conçut le plan d’attaque sur Verdun), Bethmann Hollweg le chancelier, etc.

 

 

En bifurquant par l’avenue J.Jaurès, nous partîmes à la rencontre d’une autre célébrité carolopitaine : la marionnette avec la célèbre Ecole Supérieure de la Marionnette – Jacques Félix  Magareta Niculescu, dont le bâtiment est du pur style Art Déco. Le festival mondial de la marionnette attire tous les deux ans un public extrêmement nombreux, avoisinant parfois 170 000 spectateurs !  Le quartier recèle un certain nombre de constructions Art déco comme les Bains Publics (1925) dus à Francis Despas ou  de simples demeures particulières.

 

Le groupe se dirigea ensuite vers la place W Churchill, à l’origine place Saint François d’Assise, centre religieux de Charleville aux XVIIe et XVIIIe siècles avec ses deux couvents des Capucins (aujourd’hui maison d’Arrêt) et des Carmélites (aujourd’hui lycée privé). L’hôtel d’angle dit Gailly servit à l’état major de la marine de guerre de von Tirpitz jusqu’en 1915 avant d’être occupé par celui du Kronprinz. Notre arrivée ne coïncida malheureusement pas avec celui de l’entrée en action de l’automate situé à l’arrière du musée de l’Ardenne et donnant sur la place. Cet automate  appelée la Grande Marionnette joue, en effet, à chaque heure sonnante, un extrait de la légende ardennaise des Quatre fils Aymon.

 

 

 

L'étape suivante fut l’église paroissiale Saint-Rémi. Charles de Gonzague aurait voulu, à sa place, une cathédrale, que lui a refusée le pape. De la construction d’origine, il ne reste rien ; l’édifice actuel remonte au milieu du XIXe siècle et son style néo roman fut préféré à celui de  néo gothique. Une anecdote concernant sa dédicace. À l’origine l’église était placée sous le double vocable de Notre-Dame et de Saint-Rémi. La fusion des communes en 1966 entraina des doublons dans les appellations (de rues, de places ou d’églises). Il fut décidé de réserver  l’appellation Notre-Dame à la seule basilique de Mézières (Notre-Dame de l’Espérance). Dans une rue attenante se tint jusqu’en 2013 le premier hôpital de la ville, héritier de l’Hospice du Grand Prieuré de l’Ordre de la Milice Chrétienne (fondé par Charles de Gonzague), devenu par la suite Hôtel-Dieu.

 

Notre randonnée urbaine du matin se termina au Vieux Moulin et au parc voisin. Tout au long de notre parcours, nous pûmes lire des poèmes d’Arthur Rimbaud peints sur des murs (parcours « Arthur Rimbaud »). Le Vieux Moulin constitua notre dernière rencontre avec l’auteur. C’est ici que s’ouvrit le premier musée consacré au poète. C’était en 1954, soit un siècle après sa naissance ; mais le musée n’occupait alors que l’étage. En 1991, année du centenaire de sa mort, le musée Rimbaud fut étendu à l’ensemble de l’espace, le musée de l’Ardenne, jusqu’alors situé au rdc, étant transféré à la place ducale. L’édifice a aussi une histoire. Servant de moulin à farine à toute  la ville, Charles de Gonzague voulut en faire un point de repère (il est situé  près de l’ancienne porte nord de la ville, dite porte de Flandre, aujourd’hui disparue) et une construction imposante qui n’est pas s’en rappeler les édifices grecs avec ses quatre colonnes ioniques massives et son large fronton. En 1724 un violent incendie détruisit tout le bâtiment, privant la population de farine durant deux ans et occasionnant un long procès au meunier, Payer, qui préféra quitter la ville. L’édifice reprit du service de 1726 à 1888, date à laquelle la mairie en prit possession, sans lui attribuer de fonctions précises durant des décennies.

 

Nous ne pouvions ne pas nous rendre dans le petit parc de l’île voisine où campe depuis près d’un siècle ce qui reste d’une sculpture monumentale, appelée alors le Défrichement. Commandée par l’Etat à Henri Bouchard, elle fut réalisée en 1908 et orna le  ministère de l’agriculture à  Paris. En  1931, l’Etat céda à Charleville cette œuvre. Elle représentait à l’origine un laboureur tenant une charrue, tirée par un attelage de 6 bœufs, conduits par un autre laboureur. Le tout sur 18 m !  En 1941, la construction fut réquisitionnée par les nazis. Curieusement, ils emportèrent l’attelage et le guide,  laissant sur place le cultivateur et son araire. C’est ainsi que le Défrichement est devenu le Laboureur. Malgré les réclamations de son auteur, la ville se refusa à reconstituer l’œuvre d’origine, eu égard à la proximité de l’auteur avec les nazis.

Par la rue du Vieux Moulin, autrefois rue Catherine [de Lorraine], du nom de la femme de Charles de Gonzague, nous nous dirigeâmes au restaurant Le Cardinal situé sur la grande place. Une pause méridienne particulièrement appréciée !

 

 

La visite post méridienne fut consacrée à Mézières, ville militaire : le château médiéval fit place à une forteresse bastionnée dès le XVIe siècle et une citadelle fut ajoutée. Mézières fut aussi une ville commerçante et industrieuse grâce à la présence de l’eau,  de routes commerciales et qui se peupla à la faveur de vagues d’immigrations. Le programme des visites se concentra sur trois sites et trois histoires bien différentes : l’ancien hôtel de ville, la basilique Notre-Dame de l’Espérance et la statue du chevalier Bayard.

 

Nous nous rendîmes d’abord devant l’hôtel de ville, très grande et très belle construction, édifiée de 1925 à 1933. Elle fut inaugurée par le président de la République, Albert Lebrun ; Elle se devait d’être surtout le symbole de l’identité de Mézières et le cœur du nouveau centre urbain macérien  (Mézières fut fortement endommagée durant la guerre 14-18). Architecture et décors rappellent les Ardennes. Les frontons, tourelles et pinacles tirent leur inspiration dans l’histoire médiévale de la cité. Sur le toit campaient la statue de deux chevaliers ; il ne reste que celle de Bayard. La frise sous la corniche représente les animaux de la forêt ardennaise et comporte les médaillons des villes ardennaises. Enfin au-dessus de la grille d’entrée est gravée la devise de la ville : civitas parva sed virtuosa (cité petite mais courageuse). Le maire de l’époque, Henri Roussel, avait imaginé un regroupement d’activités administratives (Poste, Finances Publiques) et privées (commerces, logements, marché couvert). Tout ne fut pas réalisé. Mais comment expliquer un tel projet pour une si petite ville ? Un retour en arrière s’avéra utile pour comprendre les tenants et aboutissants dudit projet. Depuis l’Empire napoléonien, il est question de fusionner les villes de Charleville et de Mézières. Longtemps grande méfiance des macériens, toujours en infériorité démographique par rapport à sa voisine (dans un rapport de 1 à 2).  Aussi, pressentant la fusion inéluctable, le maire Henri Roussel crut prendre les devants en restructurant le centre ville, en donnant à la Maison Communale la stature d’une mairie d’une future grande ville (auparavant, elle occupait un modeste bâtiment en face de la préfecture). Il se trompa sur deux points majeurs. La fusion n’intervint qu’en 1966 et Charleville fut choisie comme centre administratif. De nos jours, l’hôtel de ville macérien sert d’annexe et pour les réceptions officielles.

Nous montâmes, par une rue jadis plus pentue, jusqu’au portail royal de la basilique Notre-Dame de l’Espérance. L’édifice cultuel est situé au sommet de l’ancienne motte féodale où dominait un château fort, depuis longtemps disparu. La basilique remplace une première construction romane jugée trop petite. Au XVIe siècle, cette nouvelle église fut entreprise dans le pur style gothique flamboyant. Pourquoi donner un nom royal à l’entrée d’une église paroissiale ?

Tout ceci nous ramène à  l’année 1569 qui vit le roi de France, Charles IX, épouser en ce lieu, Elisabeth de Habsbourg. Le choix de Mézières pour la cérémonie relevait du symbole ; le roi de France entendait sceller un rapprochement entre les deux Etats en mettant un terme à l’opposition de leurs grands pères respectifs (Charles Quint et François Ier) qui avaient combattu l’un contre l’autre, par armées interposées, ici même en 1521. Lieu certes symbolique, à la frontière des deux Etats mais l’église n’offrait pas un cadre suffisamment majestueux pour ce mariage politique. Aussi, le pape éleva-til l’église en cathédrale, le temps de la cérémonie. L’autre intérêt de l’édifice réside dans ses vitraux contemporains qui remplacèrent les vitraux d’origine, malmenés par les différents sièges subis en 1814-15 et 1870 ainsi que par les combats en 1914-18, et 1940-44 : un ensemble de 62 vitraux et 6 oculi occupant une superficie totale de 1 000 m2. La commande fut passée par Robert Renard, architecte en chef des monuments historiques (il venait d’inviter Villon à créer ses verrières à St-Etienne de Metz) à René Düurbach. Ce fut un travail collectif, associant la propre femme de l’artiste, lissière de profession, les frères Lanfranchi pour le montage des vitraux, André Seure, peintre-verrier, sans oublier, pour l’inspiration religieuse, Henri Giriat et Philippe Vaillant.  Le plus étonnant est que René Düurbach, installé en Provence, n’intervint jamais sur le chantier. Il travailla à distance, en quelque sorte en télétravail avant l’heure, en se faisant transmettre les cotes des ouvertures avant de réaliser les cartons, en grandeur nature et de renvoyer le tout sur le site pour la réalisation et la pose. L’artiste s’est inspiré de l’orientation de la basilique qui offrait un double éclairage naturel, sombre côté nord, clair côté sud. Cette dualité fut mise à profit pour transcender une autre dualité, issue de la dédicace à la Vierge de l’Espérance depuis le XIXe siècle et à la Vierge noire, dont la statue, découverte à proximité, en des temps reculés, fut à l’origine d’importants pèlerinages. D’où un programme binaire : côté nord, les vitraux  sombres, d’une teinte bleutée dominante, relatent la vie de la Vierge avant la naissance de Jésus. Côté sud, les tons chauds (rouges, jaunes) sont utilisés pour transcrire la fin de la vie terrestre de la Vierge et sa gloire céleste. La thématique du chœur fait transition sur le thème de l’avènement du Christ Rédempteur. Formé au cubisme, R. Düurbach s’en détacha quelque peu en refusant, ici, de verser dans l’abstraction pure et simple.

Sur le chemin nous conduisant au square Maliaret, dernière étape de notre visite, nous pûmes voir les vestiges des remparts médiévaux, restaurés au XVIe siècle et seule trace encore existante de l’enceinte fortifiée. Les remparts, qui valurent le nom à la cité (Mézières est dérivé de Maceriae ou remparts) furent renforcés par une citadelle au XVIe siècle puis bastionnés par Vauban. L’ensemble, déclassé au XIXe siècle, fut démoli très largement (à part ce rempart, il ne reste que deux tours et la Porte de Bourgogne)  mais la citadelle fit de la résistance et resta propriété militaire jusqu’en 1954.  Elle disparut alors.

 

Les Macériens ne retiennent pas le nom officiel de square Maliaret, mais celui de square Bayard. Ce maire, à la fin du XIXe siècle, imagina le futur de sa ville, ancré dans le monde industriel. Il est à l’origine de l’implantation de l’usine La Macérienne, spécialisée dans les cycles et voitures, puis après 1918, dans la fonderie. Mais il est surtout connu pour avoir promu la gloire du défenseur le plus célèbre dans l’histoire locale, le chevalier « sans peur et sans reproche », à savoir Jean du Terraille, dit Bayard pour sa résistance victorieuse lors du siège de1521.  Cette année là, il sut mettre en échec deux armées impériales, bien plus nombreuses que la défense de la ville (2000 hommes) en semant la zizanie chez l’ennemi. Au bout d’un mois, les Impériaux quittèrent les lieux et François Ier gratifia le chevalier de la Toison d’Or. La statue que nous vîmes n’est pas l’originelle ; cette dernière fut fondue durant la Seconde Guerre mondiale. Mais elle est l’exacte reproduction de celle d’Aristide Croisy, inaugurée en grande pompe devant un parterre de généraux en 1893.

 

 

Géard Colotte

Photographies : Dominique Mayer