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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
38-48 Rue Saint Bernard

57000 METZ

 

 

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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
Renaissance du Vieux Metz et desPays Lorrains

STRASBOURG,

jeudi 21 mai 2026 

 

La matinée fut consacrée à la visite de la Neustadt sous la conduite de notre guide, Jean Pierre Nafziger (très apprécié). La visite débuta  place de la République (Kaiserplatz au temps de l’Annexion) au pied d’un immense Gingko Biloba, présent offert par l’empereur du Japon à Guillaume II. Le guide nous présenta les spécificités de la Neustadt, par son étendue (Strasbourg a triplé de surface), l’importance des constructions officielles (Strasbourg = capitale du Reichsland Elsass-Lothringen) et de leur conservation par delà les deux guerres mondiales, par la précocité des constructions aussi (1880-1914), par sa morphologie également, structurée autour de deux grands axes (l’axe impérial Kaiserplatz- place de l’Université, réservé aux parades militaires et l’axe formé par les avenues des Vosges, d’Alsace et de la Forêt Noire), par la diversité des styles des constructions (historicistes, Art Nouveau ou Jugenstill et Art Déco). La Neustadt présentait à l’époque de la Première Annexion le visage d’une ville moderne où la qualité de vie et le confort (eau courante, chauffage central, électricité, jardins et parcs …) avaient autant d’importance que le prestige des édifices.

 

Nous fîmes le tour de la place de la République pour observer les grands édifices. Car la Kaiserplatz  était le centre du pouvoir politique et administratif de Strasbourg durant la Première Annexion avec le Palais Impérial (devenu le Palais du Rhin- siège de la commission internationale de gestion du Rhin), le Palais de la Diète d’Alsace-lorraine (aujourd’hui siège du Théâtre National de Strasbourg ou TNS), les anciens bâtiments du Ministère d’Alsace-lorraine (la Préfecture et la Direction régionale des Finances Publiques) et la Bibliothèque Universitaire.

 

Le style néo-Renaissance fut le plus utilisé dans ces constructions. La présence de l’ancien Palais impérial s’expliquait par la volonté de Guillaume Ier de marquer par la pierre, la domination du IIe Reich allemand dans l’Alsace conquise. Structure (pierres à bossage, loggia) et décors (statuaire) de l’édifice rappellent l’Antiquité et l’Italie ; ils ont été conçus pour impressionner. Pourtant, Guillaume II n’aimait pas ce bâtiment qu’il occupa rarement. Aussi le Palais était-il ouvert le plus souvent au public. Ce palais comme l’ensemble des constructions de l’époque allemande fut, pendant des décennies, honni des Strasbourgeois qui l’assimilaient à l’envahisseur germanique. Le palais faillit même être démoli dans les années 1950 lorsque le préfet eut le projet de le remplacer par une nouvelle préfecture. Depuis, non seulement tout le patrimoine de la Neustadt fut conservé et mis en valeur, mais il fut inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO (2017).

 

La présence de la Bibliothèque Universitaire, autour de cette place, nous intrigua, alors qu’à l’opposé de l’axe impérial (rue de la Libération), il y a l’Université. Notre guide nous expliqua que c’était une conséquence du bombardement de la ville par les Prussiens en août 1870. L’ancienne bibliothèque, contenant alors  près de 300 000 ouvrages dont de très nombreux livres précieux, fut détruite et les ouvrages perdus à jamais. Devant  l’émotion internationale causée par ce fait de guerre, Guillaume Ier s’engagea à construire une nouvelle bibliothèque au centre même du pouvoir politique, à savoir la Kaiserplatz. Si la façade est d‘époque avec un fronton à l’antique, rappelant les divers procédés de reproduction du livre à travers les âges ; l’intérieur a été entièrement repensé pour s’adapter au nouveau mode de consultation d’ouvrages. À la place de l’ancienne et très grande salle de lecture en rez-de-chaussée, se trouve un escalier très moderne en forme de colimaçon très large permettant aux lecteurs de consulter des ouvrages aux étages. L’ensemble est surmonté par une immense coupole éclairante.

 

Le centre de l’actuelle place de la République était occupé autrefois par le cimetière juif, qui fit place d’abord à un glacis militaire puis à ce vaste parc ombragé. En son centre, depuis 1936 s’élève le monument aux morts (il remplaça un premier monument en forme d’obélisque implanté en 1919), remarquable par sa forme (piéta laïque) et surtout par sa symbolique : une mère (allégorie de la ville de Strasbourg) tient sur ses genoux ses deux enfants mourants (l’un est allemand, l’autre est français) ; ils ne portent plus d’uniforme pour les distinguer. Ils se sont combattus et, devant la mort, ils se rapprochent en se donnant la main. L’œuvre est un hommage à la paix et à la réconciliation entre les deux peuples. Nous étions pourtant en 1936.

 

Nous cheminâmes ensuite dans les rues de la Neustadt à la découverte d’immeubles particuliers aux styles de construction très variés. À commencer par le collège Foch. Ce collège occupe l'emplacement d'une Neue Realschule , collège à l'époque "moderne" par les matières enseignées (langues vicantes, peu ou pas de langues mortes, sciences expérimentales et mathématiques. destiné aux enfants de militaires et hauts fonctionnaires vieux-allemands, l'architecte Karl Ott se devait de soigner l'édifice, proximité du Palais impérial oblige. Inauguré en 1890, le collège fut promu Oberrealschule zur Palast en 1893, préparant à l'entrée à l'Université Technique. Après la Première Guerre mondiale, l'établissement devient le lycée Kléber puis le collège Foch.

 

Un peu plus loin, la façade néo-Renaissance du lycée ORT date de 1905. Ses ornements rappellent qu’en ce lieu existait une école d’apprentissage pour la population juive qui était alors interdite de séjour dans la ville.

 

Le Palais des Fêtes, construit en 1903, frappe par son éclectisme : néo-gothique et néo-Renaissance pour les pignons et tourelles d’angle, Art nouveau pour le décor des fenêtres et du balcon. C’est l’une des premières apparitions de l’Art nouveau à Strasbourg qui utilisait le béton. Le Palais peut recevoir 1 700 personnes ! La vocation de ce bâtiment est d’accueillir concerts et musiciens prestigieux.

Sur notre chemin, à l'angle de l'avenue des Vosges et la rue Sellenick deux très belles maisons Art nouveau. Rue Saint Léon, une bâtisse singulière dont l’intérêt réside dans le personnage sculpté en haut de la façade. Cet immeuble fut construit entre 1893 et 1895 pour le prêtre et mécène Paul Muller Simonis, directeur du journal l’Alsacien (Der Elsässer) dont l’imprimerie était installée dans l’arrière-cour. En effet, le règlement d’urbanisme interdisait, dans ce quartier,  de construire des bâtiments à vocation industrielle donnant sur la rue. Cet immeuble est à la croisée de diverses influences : classiques françaises (encadrements de fenêtres et corps central), baroque (riches consoles et pierres à bossage de grès au rez-de-chaussée),  Renaissance (balcons, lucarnes, balustres, fronton) La curiosité réside dans le personnage au troisième étage symbolisant l'Alsacien, assis sur une pile de livres, emblème du journal Der Elsässer, journal fondé en 1885.

 

Avant de gagner notre restaurant « Aux Armes de Strasbourg », nous fîmes une halte à l’église Saint-Pierre-le-Jeune catholique. Ce fut l’occasion pour notre guide de revenir sur la spécificité des cultes luthérien et catholique à  Strasbourg qui, depuis l’annexion de l’Alsace au royaume de France en 1681, se partageaient les mêmes  églises : le chœur était dévolu aux catholiques et la nef aux protestants. Mais en 1893, pour faire face au nombre croissant de catholiques, les autorités allemandes décidèrent de construire dans la Neustadt, ce nouvel édifice entièrement  destiné aux catholiques. Les architectes firent édifier une église en grès rose et rouge dans un style mêlant le néo-roman et le néo-byzantin, couronné par la plus vaste coupole d’Alsace (hauteur intérieure 50 mètres, diamètre intérieur 18,5 m). Sur  le parvis de l’église fut installée en 2006 une statue de Charles de Foucault, né à Strasbourg.

 

Nous nous rendîmes ensuite au restaurant situé place Gutenberg. Un moment de fraîcheur et de plaisir très apprécié.

Notre guide de l’après-midi, Odile Traband, nous rappela d’emblée les dates ayant jalonné l’histoire de Strasbourg depuis l’époque romaine. Un cadrage historique intéressant certes, mais qui  parut un peu long et pas forcément utile pour notre visite,  Elle nous conduisit ensuite à l’église Saint-Thomas, considérée comme « la cathédrale du protestantisme » en Alsace, après la restitution de la cathédrale Notre-Dame au culte catholique en 1681. C’est le seul exemple d’église-halle dans la région. Mais l’intérêt réside dans la présence, dans le chœur, du monument funéraire du maréchal de France, Maurice de Saxe. Un chef d’œuvre. Ce brillant militaire au service de la France mourut en 1750 au château de Chambord. L’Eglise catholique fit alors remarquer à Louis XV qu’il ne saurait être enterré à la basilique Saint-Denis, puisqu’il était un bâtard allemand, luthérien de surcroît. Le roi chercha un lieu digne pour son maréchal et ordonna d’établir un mausolée dans la cathédrale du protestantisme français, ici, à  Strasbourg. Il fallut plus de vingt ans au sculpteur J.-B. Pigalle pour réaliser son mausolée. Son inauguration et le transfert de la dépouille du maréchal, en 1777, constituèrent la première reconnaissance publique du protestantisme depuis la révocation de l’édit de Fontainebleau. L’œuvre monumentale est de style baroque tardif dont le dynamisme est rendu par les attitudes des personnages aux visages pathétiques et par le jeu des drapés. Debout, au centre de la scène, le maréchal semble échapper à toute cette agitation dont il est la cause.

 

Notre pérégrination dans le centre historique nous amena à la Petite France. Sa dénomination provient de la syphilis, maladie "importée" des guerres d'Italie (XVI siècle). Les soldats malades et toutes les personnes contaminées étaient soignées dans l'ancien hôpital civil, véritable ville dans la ville avec ses quarante-cing bâtiments s'étendant sur 23 hectares. Un ensemble typique du XVIe siècle avec ses murs à colombages, ses passages, son immense toit pointu. Le surnom donné à cet ensemble "Zum Französe" fut converti en "Petite France"

De retour, nous nous dirigeâmes directement à la cathédrale. Nous n’y entrèrent pas, au grand dam de certains car la guide préféra donner ses explications autour de la maquette en fonte de l’édifice située à l’extérieur. Beaucoup d’explications techniques : ses dimensions, la raison de l’absence d’une deuxième tour, la légende autour des cigognes, etc.  Il était déjà temps de nous séparer de la guide afin de nous rendre au ponton en bordure de l’Ill, où nous attendait un bateau pour l’ultime étape de notre programme.

Le petit tour du centre ville en bateau nous permit de découvrir Strasbourg sous un autre angle. Le circuit nous fit faire le tour du centre historique avec un prolongement au quartier européen, à la jonction de l’Ill et du canal de la Marne au Rhin.  Nous vîmes en contre-plongée, depuis l’embarcadère jusqu’à la Grande Ecluse : l’église Saint-Nicolas où officia le docteur Schweitzer comme vicaire de la paroisse (il ne demanda jamais à être pasteur titulaire) et organiste, l’ancienne douane, la Petite France, et, après l’écluse, les ponts couverts avec ses trois tours carrées (qui servirent de prison civile et militaire aux XVIIIe et XIXe siècles) de l’enceinte médiévale. Nous contemplâmes de loin le barrage Vauban avant de descendre l’Ill par un autre bras. Cette fortification appelé aussi « Grande écluse de fortification » (1681-1688),  devait pallier les insuffisances de l’enceinte médiévale face aux progrès de l’artillerie. Des vannes  pouvaient faire monter l’eau de l’Ill en amont  et transformer les terrains, alors occupés par des champs et des vergers, en véritables marécages.

En descendant l’Ill, le bateau longea l’antenne strasbourgeoise de l’Institut National des Services Publics (ex ENA)   installé dans l’ancienne commanderie des Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem puis successivement, la tour du bourreau, le Palais de justice juste à côté de Saint-Pierre-le-Jeune, le Palais du Rhin, le lycée des pontonniers (1902), l’église Saint-Etienne et l’église Saint-Paul de la garnison, avant d’aboutir à la jonction avec le canal de navigation et de poursuivre, en aval, vers le quartier européen.

Un tout autre paysage s’offrit alors à nos yeux où la nature est omniprésente, donnant l’impression que nous quittions la ville. Le quartier européen se caractérise par de très grandes constructions : ARTE, le Palais des Droits de l’Homme, le Conseil de l’Europe (qui servit de Parlement jusqu’en 1988) et le Parlement européen dans les bâtiments dits Louise Weiss.

 

AVant de regagner le ponton de départ, au pied de la cathédrale, nous vîmes sur notre droite l’ancienne cité-jardin conçue par Ungermach, dans les années 1920 (140 pavillons entourés de jardins) et, sur notre gauche, le quai Rouget de l’Isle en mémoire de celui qui, dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, composa Le Chant de guerre pour l’armée du Rhin, popularisé par  les Marseillais quelque temps après. Au loin nous aperçûmes la cathédrale qui fut sauvée d’une totale destruction à la Révolution, par un bonnet phrygien opportunément placé au sommet de la flèche.

 

Texte et photographies : Gérard Colotte