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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
Renaissance du Vieux Metz et desPays Lorrains

LE BAN ST JEAN,

mardi 9 juin 2026

Vingt-six personnes ont participé à la visite du camp du Ban Saint-Jean (BSJ), sous la conduite de deux membres de l’Association France-Ukraine (AFU), MM Gabriel Becker et Roger Schmitt. Nous nous sommes d’abord regroupés devant l’ancienne gare de Boulay, située à 5 kilomètres du camp.  C’est ici que descendaient d’innombrables prisonniers de guerre soviétiques acheminés dans des wagons à bestiaux  depuis les territoires conquis par la Wehrmacht. Les nazis les utilisèrent, notamment en Moselle, comme main d’œuvre bon marché dans les mines de charbon ou de fer, les usines, l’agriculture, etc.. Boulay fut l’une des gares de transit. Les prisonniers étaient alors triés, les plus valides se rendaient à pied jusqu’au BSJ, les autres étaient acheminés au lazaret de Boulay pour y être soignés. Cette gare est aujourd’hui occupée par des logements.

 

Nous nous dirigeâmes  ensuite au « cimetière ukrainien ».  Il s’agit en réalité d’une partie du cimetière juif attenant qui, profané et réquisitionné, servit de lieu d’inhumation à de nombreux prisonniers qui mourraient au camp de BSJ ou au Lazaret. Une stèle rappelle la présence de 3 600 corps. Ce fut l’occasion pour nos guides de revenir sur l’appropriation de la mémoire du camp par les Ukrainiens. Dès le début des années 50, bien avant les exhumations de 1979-80, la communauté ukrainienne en France organisait au BSJ des commémorations dans un cadre ukrainien. Ces commémorations auraient contribué à diffuser l’idée selon laquelle les victimes seraient en majorité ukrainiennes. La presse s’en faisait un large écho. D’où des polémiques sur le nombre de victimes et leur nationalité. La thèse que présentera à Metz, à l’automne prochain, Mme Chrystalle Zebdi-Bartz sur « les camps de prisonniers de guerre en Moselle annexée et en Sarre dans le système nazi du travail forcé : Territoire, Histoire Mémoire », devrait nous apporter des réponses précises et précieuses.  Nous avons remarqué sur le long mur latéral la présence de plaques funéraires, apposées par les familles de prisonniers morts au BSJ, peut être inhumés en ce lieu. Elles traduisent le climat d’antagonisme qui divise Russes et Ukrainiens. M. Gabriel Becker nous conta l’histoire d’un détenu mourant, ramené à l’hôpital de Boulay par un fermier de Coume chez lequel il travaillait. Le médecin nazi ne prit pas le soin de l’examiner ; il ordonna son inhumation immédiate alors qu’il était encore en vie !

 

Le cortège se dirigea ensuite vers le site principal de notre visite, à savoir les vestiges du camp de BSJ.  Depuis le parking, nous empruntâmes le « chemin pédagogique » spécialement aménagé en 2014 pour accéder à la stèle matérialisant ce lieu de mémoire, située à l’emplacement de charniers.  Une série de panneaux explicatifs nous replonge dans l’histoire du camp. On y apprend que le camp fut construit à l’origine par les Français pour le 146e R.I.F (Régiment d’Infanterie de Forteresse), avec des structures neuves et modernes. Deux reproductions de photographies anciennes nous montrent la cité des officiers – très fleurie de roses- et les casernements. Puis il servit en 1940-41 comme camp de prisonniers français dont un certain sergent-chef du nom de François Mitterrand parvint à s’évader rapidement.

 

La majorité des panneaux  est consacrée à la détention des prisonniers soviétiques. Le BSJ portait la référence Stalag XII F ; c’était une des nombreuses annexes du camp principal situé à Forbach, qui répartissait les prisonniers en de multiples commandos de travail. Mal  traités,  sous alimentés, de très nombreux prisonniers décédaient et étaient enterrés dans des fosses, jouxtant le camp. Les « mieux lotis » étaient ceux qui travaillaient dans des fermes.

 

Au bout de ce long chemin, nous arrivâmes à l’emplacement de charniers ayant fait l’objet, en partie, en 1979-80,  d’exhumations de 2879 corps, transférés à la nécropole soviétique de  Noyers-Saint-Martin (Oise).  Une stèle commémorative comportant une même inscription en russe et en ukrainien fut érigée en 2012, en remplacement d’une première stèle qui  s’était fortement dégradée.

 

Nos guides nous relatèrent alors les vicissitudes de ces lieux après la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’en 2018, le site était propriété de l’armée française qui le céda ensuite pour l’euro symbolique à la commune de Denting. Depuis 1945,  les cités servaient pour le logement  de militaires et de leur famille (aviateurs de Frescaty, transmetteurs en poste à Boulay). Après avoir accueilli brièvement des harkis, elles sont ensuite louées à des civils dont le dernier quitte les lieux en 1989. L’armée procède alors au démantèlement des toitures destinées à la réfection de la caserne Barbot à Metz. Dès lors la nature envahit le terrain, fragilisant peu à peu les structures encore en place  et rendant le site dangereux. En l’an 2000 apparaît un projet d’installation d’une usine traitement des déchets sur le site. Tôlé dans la population   qui  s’émeut de devoir assister à  la profanation d’un tel lieu de mémoire. Aussitôt se créée l’association AFU qui milite pour la transmission de la mémoire de ce camp via des visites ou des ouvrages.

 

Pour s’approcher des ruines du camp, sans pénétrer pour autant dans les anciennes cités, il nous fallut l’autorisation de M. le Maire de Denting. Nous l’en remercions. Il nous était difficile de bien observer les constructions tant la végétation s’est emparée du terrain. Nous ne vîmes que les parties supérieures des cités des officiers (on ne vit que de loin la cité des sous-officiers). Quant aux casernements, ils étaient détruits.

 

Au terme de notre visite, nos guides nous montrèrent quelques objets façonnés par les prisonniers, (notamment une boîte en bois au couvercle sculpté) et des plaques métalliques que portaient les détenus avec le n° du stalag et le n° de matricule du détenu. La visite dura plus de trois heures qui, en dépit de son caractère macabre, fut appréciée des participants.

 

Texte et photos : Gérard Colottte