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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
Renaissance du Vieux Metz et desPays Lorrains

Compte-rendu de la sortie à Saint-Nicolas-de-Port, Haraucourt, Rosières-aux-Salines

Jeudi 12 mai 2022 

 

SAINT-NICOLAS-DE-PORT

 

Sur le parvis de la basilique, M. Beuvelot, notre guide et membre de Connaissance et Renaissance de la basilique de Saint-Nicolas-de-Port (association qui n’est pas sans rappeler RVMPL quant à sa date de création et à ses missions) marqua d’emblée les grandes dates et événements qui ont prévalu à l’édification de l’édifice, depuis ses antécédences (fin XIe et fin XIIe siècles), jusqu’à l’érection de la plus Grande Eglise du duché de Lorraine (devenue basilique par décision papale en 1950). Elle fut voulue par René II, au lendemain de sa victoire sur Charles le Téméraire (5 janvier 1477). D’une bonne humeur dont il ne se départit pas tout au long de la visite, notre guide nous prévint de suite que, malgré le temps prévu pour la visite, (1h30, au final passé à 2 h) il ne nous serait pas possible de contempler les extérieurs de la basilique ni de tout voir.

Tout au long de la matinée, M.Beuvelot prit soin de faire prendre au groupe une pose assise autant de fois que nécessaire, pour mieux distiller l’état des connaissances, historiques mais surtout techniques, sur la basilique.

La visite s’articula autour de trois thèmes marqueurs de l’histoire de l’édifice :

  • Saint-Nicolas, sa vie, ses légendes, ses reliques, autant d’occasions de nous replonger au cœur de l’Empire romain de la fin du IIIe et du début du IVe siècle, en Asie Mineure (Myre), mais aussi en Italie du sud (Bari) du XIe siècle, lorsqu’un obscur chevalier portant le nom d’Aubert de Varangéville ramena une petite parcelle du corps du saint (doigt) dont la dépouille (en quel état ?) avait été soustraite aux Turcs alors en pleine conquête de l’Empire byzantin. Il rappela également quels furent ses premiers pas en terre lorraine, dans une minuscule chapelle, aujourd’hui disparue et ayant dû se situer à l’emplacement du chœur actuel.
  • Le second point découla de l’observation de l’édifice dans son intérieur et des contraintes techniques, liées à la nature du sous-sol et à la déclivité du terrain ; M. Beuvelot se plut à montrer comment des hommes de la fin du Moyen Age pouvaient concevoir un plan, s’adapter à la situation (déviation de la nef donc conception de travées d’ogives en forme de trapèze et non de rectangle), façonner des pierres (extraites de carrières à Viterne, situées à 40 km de la cité !), créer des structures tout en ne connaissant ni règle graduée, ni rayon laser pour ajuster les pierres entre elles et en utilisant des outils rudimentaires. C’est tout cet esprit d’ingéniosité qui permit de réaliser un si grand édifice en un temps record : commencé en 1481, sous la conduite de l’architecte Simon Moycet, il fut inauguré presque achevé en 1544 et consacré en 1560. Ce temps très court explique pourquoi l’édifice est entièrement de style gothique flamboyant. Nous eûmes droit à un véritable cours de mathématique pour mieux comprendre comment des hommes, munis d’une simple corde à nœuds, disposés selon des intervalles correspondant à des caractéristiques humaines avec le concours mystérieux du célèbre nombre d’or de 1.618 (d’origine grecque pense-t-il), pouvaient tracer des arcs en plein cintre ou brisés, des rectangles ou trapèzes pour matérialiser les travées …. Des doubles gabarits en bois permettaient aux tailleurs de pierre de constituer leurs arcs au sol, puis, une fois un ensemble achevé, de monter les pierres sur le gabarit déjà positionné en élévation. Afin que les arcs soient de strict niveau, des plots de sable étaient disposés au sommet des chapiteaux. Puis les maçons faisaient couler ce sable afin d’obtenir l’horizontalité parfaite.

L’édifice souffrit à maintes époques de dégradations, plus ou moins volontaires (ex incendie par les Suédois durant la guerre de Trente ans).

  • Le troisième thème nous amena à l’époque contemporaine ; Les Portois virent l’une des leurs (Camille Croué), partir à l’âge de 16 ans aux Etats-Unis et y mener une carrière florissante (enseignante, figurante dans des productions hollywoodiennes, haute couture) ; elle eut la chance d’épouser un richissime homme d’affaires américain (Friedman), et de revenir fréquemment en couple à Vittel, sans oublier de passer par Saint-Nicolas-de-Port. Elle légua à la ville la majeure partie de son héritage (7 millions de dollars en 1976, capitalisé avec le temps, en 14 millions d’euros) ; cette somme rondelette permit à la basilique de retrouver son lustre d’antan à la grande joie des nombreux visiteurs qui s’y pressent chaque année. Cette généreuse bienfaitrice eut les honneurs de se voir représenter des épisodes de sa vie dans de nouveaux vitraux à l’entrée de la basilique. Le trésor de la basilique – dans un petit réduit - fut perçu comme une excellente synthèse des époques et personnages qui ont marqué de leur empreinte un édifice si célèbre (bras reliquaire en or de saint Nicolas, vaisseau du cardinal de Lorraine, buste de saint Paul, etc.). Le temps a malheureusement manqué pour admirer, plus en détail, la richesse des vitraux conservés, notamment ceux de Valentin Bousch. 

NOTA : Le pointeur de la souris fait apparaître la légende de l'image qu'il désigne.

 

HARAUCOURT 

 

Après une pause déjeuner appréciée, à Dombasle, le groupe fut convié à partager le destin de l’entreprise belge Solvay (créée en 1863 par les frères Ernest et Alfred Solvay), qui avait installé dans la cité, sa 1ère usine hors Belgique, en 1873 ; son activité chimique première consiste à utiliser le sel dans la fabrication du bicarbonate de sodium si présent dans de nombreux domaines (agro-alimentaire, agriculture, chimie, industrie pharmaceutique, industrie du verre ….). D’où la visite du site d’exploitation saline à Haraucourt (situé à quelques kilomètres au nord de Dombasle) , propriété exclusive de l’entreprise.

Mme Carole Bohème, guide de la Maison du Sel de la commune (la Maison du Sel est un centre d’interprétation consacré au sel de Lorraine et à son exploitation du 19ème siècle à nos jours), posa d’emblée les jalons indispensables pour comprendre les raisons de l’exploitation du sel dans ce secteur, exploitation partagée – sur un périmètre plus large - par trois entreprises différentes, avec des méthodes et finalités propres (outre Solvay, il s’agit de la Compagnie des Salins du Midi et des Salines de l’Est, exploitant à Varangéville ainsi que Novacarb à Laneuveville-devant-Nancy) : sel en abondance dans le sous-sol, proximité du canal de la Marne au Rhin (inauguré en 1853) et proximité de carrières de calcaire, longtemps exploitées à Maxéville d’où le matériau était acheminé à Dombasle par wagonnets aériens.

Puis nous nous rendîmes sur le terrain à l’Observatoire des effondrements salins ; réalisé en 2010 par la Communauté de Communes du Grand Couronné avec l’accord de l’industriel Solvay (propriétaire des lieux), celui-ci offre un point de vue unique sur ces immenses étendues d’eau résultant de l’exploitation intensive du sel selon la technique des sondages de dissolution. Cette technique, utilisée sur Haraucourt depuis 1904, est l’une des deux méthodes utilisées actuellement en Lorraine pour l’extraction du sel gemme (à Varangéville, le sel est extrait dans une mine). Elle consiste à injecter de l’eau à forte pression dans des forages verticaux jusqu’au gisement salifère et à pomper ensuite cette eau chargée en sel appelée saumure. Le sel extrait sous forme liquide est alors acheminé vers les soudières de Dombasle par saumoducs et est ensuite évaporé et séché. Ce procédé a pour conséquence d’extraire dans son intégralité la couche salifère de la piste exploitée et d’aboutir au stade final à l’effondrement circulaire des terrains supérieurs et à leur remplissage par de l’eau de ruissellement. Espacées d’une cinquantaine de mètres, les pistes effondrées finissent par se rejoindre donnant ainsi naissance à des plans d’eau de taille plus importante. Ceux-ci suivent en quelque sorte les « veines de sel » extraites par dissolution.

Ces manifestations de surface modifient de façon conséquente les paysages et une nouvelle faune et flore s’est invitée de manière inattendue, l’ensemble devenant un Espace Naturel Sensible. Ainsi, la Ligue de Protection des Oiseaux a pu identifier une cinquantaine d’espèces sur le site d’Haraucourt. Les effondrements présentent également un intérêt géologique et paléontologique particulier, les falaises font apparaitre des fossiles qui seront présentés à la Maison du Sel, une fois la restauration de cette dernière achevée. Beaucoup d’écoles profitent déjà des panneaux explicatifs très clairs pour sensibiliser les élèves à l’étude des paysages.

NOTA : Le pointeur de la souris fait apparaître la légende de l'image qu'il désigne.

 

LE PÉRIPLE DU JOUR S’ACHEVA PAR LA VISITE DU HARAS DE ROSIÈRES-AUX-SALINES

 

M. Henri Vasse, président de Ros’hier, nous souhaita la bienvenue ; il nous offrit une rencontre surprenante avec le cheval star du Haras, à savoir « It’s Gino », pur sang allemand âgé de 21 ans, vainqueur de 7 grands prix et placé à 4 reprises dont une 3e place au Grand Prix de l’Arc de Triomphe en 2007 ; très convoité pour ses capacités reproductives, il fait l’objet d’une surveillance particulière, surtout en cette partie de l’année ; d’où notre joie d’avoir pu le contempler, ne serait-ce que quelques instants.

M. Vasse partagea le groupe en deux sous-groupes pour mieux suivre les explications et évoluer dans des espaces restreints.

La première thématique abordée concerna l’activité première du site, à savoir la saline de Rosières depuis le Moyen Age jusqu’en 1760, date de sa fermeture par le marquis de la Galaizière (chancelier de Lorraine de 1737 à 1758, pendant le règne de Stanislas Leszczynski). Une saline existait depuis le XIIe siècle mais elle ne prit de l’importance que lorsque les ducs de Lorraine se l’approprièrent au XIVe siècle.

Le sel bien recherché, tant par l’exploitant ducal (gabelle) que par les sujets (conservation des aliments) en ces temps anciens explique la présence d’un château-fort – château de la Motte (il en reste quelques vestiges) - et des fortifications autour du village ainsi que la surveillance stricte qui s’exerçait sur les ouvriers, voire sur les acheteurs qui n’étaient pas autorisés à pénétrer à l’intérieur de l’exploitation. La saline de Rosières était constituée d'un puits profond contenant une eau légèrement chargée de sel, provenant de six sources différentes (d’où le nom de Rosières-aux-Salines). La technique de production du sel consistait à recueillir l'eau du puits et à l'évaporer pour séparer le précieux minerai. Avec le temps, la saline perdit de son intérêt économique : la trop faible salinité de l'eau conduisait à dépenser beaucoup d'énergie pour une faible production. Toutefois, la saline de Rosières a contribué à faire vivre et travailler tout un pan entier du secteur forestier dans le massif vosgien, à commencer par le flottage du bois dans la vallée de la Meurthe (rôle de Raon-l’Etape) et tous les acteurs de la forêt.

Maquettes et documents ont servi de soutien « pédagogique » aux propos du guide ou de son collaborateur, permettant de retracer les différentes étapes de la production du sel et d’évoquer les dures conditions de travail des ouvriers.

 

La reconversion en Haras (seconde thématique abordée) a procédé d’une double étape ; ayant appris qu’à la suite de la fermeture des salines décrétées sous Stanislas, dernier duc de Lorraine, les vastes espaces avaient été rapidement transformés en Haras par le marquis de la Galaizière, à son profit, Louis XV ordonna le rapatriement des étalons « royaux » de Sarralbe à Rosières. Sous la Révolution, en 1790, le Haras fut supprimé et les bâtiments commencèrent à être démontés, car témoignage de l’Ancien Régime ; avec les premières guerres révolutionnaires, en 1792, l’utilité du Haras fut reconnue, et l’on fit venir à Rosières les étalons de Deux-ponts (Zweibrucken) ainsi que son directeur, Mr Strubberg, pour occuper les mêmes fonctions (jusqu’en 1808). Le Haras fut ainsi rétabli. On y créa même une jumenterie (centre équestre). Il devint par la suite national, républicain, royal ou impérial selon les changements politiques jusqu’à la réforme de la fin du XXe siècle. Il connut bien des vicissitudes liées au contexte géopolitique des époques traversées.

La fin du XIXe siècle voit l’arrivée des chevaux de trait, avec, en premier lieu, la race Ardennaise. Il accueille aujourd’hui des chevaux de races diverses, du cheval de sang au cheval de trait (Ardennais, Percheron, Boulonnais…) que l’on déplaçait autrefois à travers la région pour répondre à la demande. Mais la dernière réforme des Haras nationaux fit perdre le monopole de la reproduction aux anciens Haras ; juridiquement, celui de Rosières fut repris par le Conseil départemental de Meurthe et Moselle puis, récemment, par le Conseil régional du Grand Est.

M. Vasse a insisté sur la mission générale de promotion et de développement de l’élevage des équidés et des activités liées au cheval ; les activités du Haras l'amènent à travailler en partenariat avec les syndicats d'élevage, les centres équestres mais aussi les collectivités territoriales afin de promouvoir le cheval en Lorraine. Parmi les trois axes généraux, figure, en premier lieu, celui de la reproduction : une trentaine d’étalons participent aux opérations d’insémination, à des coûts parfois intéressants (3000€ la saillie). Il est aussi un centre de formation disposant d’espaces importants (14 ha) ainsi qu’une infrastructure de qualité et des compétences humaines reconnues ; enfin, tout au long de l’année (300 jours en moyenne), il organise de nombreuses manifestations, notamment des concours de sauts d’obstacles, de niveau international pour certaines (concours de niveau 3 étoiles : obstacles à plus de 1m 60 de hauteur).

Le dynamisme du Haras se traduit également par la présence de l’Institut Français du Cheval et de l’Equitation, du Pôle Hippique du Grand Est, de la SCIC Haras régional. Il est aussi le siège de 2 associations (association Cheval Grand Est et Ros’hier)…. Un ensemble fort complexe qui mériterait d’y revenir en lui consacrant plus de temps. En effet, nous ne pûmes en faire le tour complet et voir notamment les nombreux boxes (80), le manège, la forge, l’unité de reproduction, etc.). De même, les deux édifices classés MH du bourg (Tour de l’Horloge dite Ban-Ban et église St-Pierre) auraient mérité un détour !

 

NOTA : Le pointeur de la souris fait apparaître la légende de l'image qu'il désigne.

 

Gérard COLOTTE