Coordonnées

Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
38-48 Rue Saint Bernard

57000 METZ
Téléphone :

03 87 62 79 81 ou 06 08 63 21 32

Courriel : contact@rvmpl.fr

N'hésitez pas à utiliser notre formulaire de contact. Nous sommes à votre disposition

 

Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
Renaissance du Vieux Metz et desPays Lorrains

Mercredi 22 juin 2022

Sortie "Art Nouveau" à Nancy

 

La villa Majorelle

 

La matinée débuta par la visite de la villa Majorelle où le groupe fut accueilli et conduit par deux guides. Elles se sont attachées, en un temps malheureusement trop court, de nous faire découvrir ce témoin majeur de l’Art Nouveau à Nancy (propriété de la ville de Nancy depuis 2003), restauré très récemment, en recherchant l’état dans lequel il pouvait se présenter lorsque L. Majorelle (1859-1926) le fit construire en 1901-1902; difficile dès lors de tout résumer ; signalons que nous nous attardâmes dans quelques lieux significatifs (entrée, cage d’escalier, salle à manger, salon, terrasse) avant de terminer par quelques pas à l’extérieur. Les guides insistèrent sur les nouveautés que L. Majorelle avait voulu introduire dans sa demeure, qui était aussi son atelier et un lieu d’exposition. Des artistes spécialistes dans leur domaine collaborèrent : Henri Sauvage, parisien d’origine (l’architecte de la villa), Jacques Gruber (vitraux), le peintre Francis Jourdain, le céramiste Alexandre Bigot. Autre approche abondamment développée : l’ornementation et le mobilier, avec l’omniprésence de végétaux comme la monnaie du pape, le blé et les pommes de pin, le recours aux formes courbes, les essences de bois utilisées pour le mobilier, dont certaines pièces avaient pu être rachetées par l’Ecole de Nancy, l’originalité et donc la rupture avec les décors plus classiques des demeures du XIXe siècle. Nous vîmes quelques pièces remarquables comme la cheminée de la salle à manger (publiée dans le catalogue de 1904) due à Alexandre Bigot. Elle évoque les flammes et la lave en fusion. Le salon se révèle être un lieu de vie intime, que L. Majorelle dû réaménager après un bombardement allemand de 1916 (grande verrière). Autre mobilier rare : le lit conjugal en bois clair (palissandre, frêne du Japon), racheté à Monaco dans les années 80 ; pièce unique non destinée à être dupliquée, il témoigne, à sa manière, d’une évolution de l’Art Nouveau vers une stylisation des formes où nacre incrustée et bronze soulignent finement les contours courbes qui évoquent le sommeil et le rêve ; la nature y est simplement évoquée pour un espace d’intimité.

Si certains espaces ont perdu leur fonction d’origine (à l’emplacement de la cuisine est installée la billetterie), par contre, l’une des restaurations récentes a permis de rétablir la terrasse (3e niveau) où travaillait L. Majorelle, lieu qui avait du être modifié après le bombardement de1916.

De l’extérieur, il nous était difficile d’apprécier l’élévation des façades à sa juste valeur, faute de recul ; si à l’origine, la villa se trouvait au cœur d’un vaste domaine dans une zone de prairie et de verdure quelque part entre Nancy, Laxou et Villers, celui-ci fut partagé en lots et affecté à des opérations de lotissements ; quant à la villa elle-même, elle fut vendue en 1931 aux Ponts et Chaussées qui la dénaturèrent quelque peu. 

 

 

Commentaires des photos

1 - Villa Majorelle côté extérieur

La villa, aujourd’hui insérée dans un tissu urbain dense

 

2 - Maquette

Maquette de la villa Majorelle : au RDC les pièces de réception et de service (cuisine, salle à manger, salon, terrasse) ainsi que la salle d’exposition pour les productions Majorelle ; le 1er étage est dévolu aux chambres ; les combles sont aménagés en chambre pour les domestiques et L. Majorelle a installé son atelier sous le toit à pignon.

 

3 - Entrée vue de l’intérieur

Le motif de la monnaie du pape est omniprésent dans le hall d’entrée, aussi bien sur la porte (ferronnerie) que sur les murs (motif au pochoir).

 

4 - Le groupe

Le groupe attentif aux explications de la jeune guide

 

5 - Grand escalier

L’escalier fut conçu et réalisé par Louis Majorelle

 

6 - Grand escalier (détail)

Détail du grand escalier : le motif de la feuille de lierre est au diapason de l’escalier : elle évoque la croissance végétale comme l’escalier, la montée à l’étage.

 

7 - Luminaire

Luminaire éclairant l’escalier

 

8 - Cheminée

Cheminée de la salle à manger évoquant les flammes et la lave en fusion. Réalisation d’Alexandre Bigot.

 

9 - Peinture Jourdain

La nature toujours présente dans la décoration picturale se traduit ici, dans le salon, par des oies. Composition due à Francis Jourdain.

 

10 - Verrière du salon

La grande verrière d’origine, éclatée à la suite du bombardement allemand, fut remplacée par une composition de style orientalisante, Jacques Majorelle (le fils), étant alors installé à Marrakech.

 

11 - Lit

Le lit des époux Majorelle, en palissandre, est très dépouillé dans son ornementation. C’est une pièce unique du maître ébéniste.

 

12 - Motif floral

Les verreries sont dues à Jacques Gruber qui multiplia – ici- à profusion le motif de la monnaie du pape.

 

13 - Fenêtre coté extérieur

Le jeu des lignes courbes est caractéristique de cet Art Nouveau. A noter le rôle tenu par les carreaux de céramique, scellés au ciment gris, en façade : souligner les ouvertures et dissimuler les linteaux.

 

14 - Balustrade Bigot

Alexandre Bigot réalisa cette balustrade avec revêtement de céramique en grès émaillé ; elle donnait accès à la terrasse autrefois ouverte et aujourd’hui fermée

 

Commentaires des photos (suite)

15 - Parcours

Plan du parcours.

 

16 - Groupe Wernert

Le groupe attentif aux premières explications de notre guide – rue des Goncourt.

 

17 - Art nouveau av. Foch

Belle façade Art Nouveau – avenue Foch.

 

18 - Façade art déco av. Foch

Des ressauts composés de lignes géométriques sur une façade au crépi uniforme. Immeuble avenue Foch.

 

19 - Groupe nez en l’air

Le groupe « nez en l’air » pour mieux suivre les explications du guide - avenue Foch.

 

20 - Immeuble art déco

Bel exemple d’Art Déco – rue Louis Majorelle.

 

21 - Immeubles av. Foch

Avenue Foch: à droite, immeuble construit pour le compositeur et professeur de Musique, Louis Thirion par J. Ogé et H. Gilbert (n°80), à côté (n°82), les appartements de Pierre Schaeffer (père de la musique concrète et électroacoustique), juste après au n°84, un immeuble dû à l’architecte M. Salmon avec un crépi uniforme. Tout-à-fait à gauche, le Tour de la Commanderie.

 

22 - Passage Marceau

Ruelle dite passage Marceau, ouverte en 1893 pour desservir des bains publics.

 

23 - Enseignes

De chaque côté du passage Marceau, des enseignes pour rappeler les services proposés. Photo montage.

 

24 - Tour de la Commanderie

Tour de la Commanderie, seul vestige de la Commanderie de Saint Jean du Vieil Aître, fondée par le duc Matthieu II de Lorraine en 1177. Aujourd’hui Ordre de Malte.

 

25 - Ancienne chapelle de la Commanderie

Des logements occupent l’emplacement de l’ancienne chapelle de la Commanderie, jouxtant la Tour du même nom (visible à droite).

 

26 - Ferronnerie Art Déco

Art Déco : de nouvelles lignes, de nouveaux motifs pour l’Art Déco. Photo composée à partir d’immeubles avenue Foch et rue Palissot.

 

27 - Construction mixte

Certains immeubles furent remaniés après la 1ère guerre tout en conservant des éléments Art Nouveau – rue Palissot.

 

28 - Têtes coin de rue

Deux figures emblématiques du paysages lorrain à l’angle des rue de Laxou et St Lambert : Pierre de Blarru (à gauche), Jean-François de Saint Lambert (à droite).

 

 

Le quartier de la villa Majorelle

 

La seconde partie de la matinée fut consacrée à la découverte du quartier alentour, sous la conduite de M. Philippe WERNERT, co-président de l’association GAREN

Il nous présenta, dans sa diversité, un quartier nouveau (rue des Goncourt, avenue Foch, passage Marceau, rue Palissot…) qui émergea fin XIXe et début XXe siècle, sous l’effet de l’augmentation de la population nancéienne, conséquence de l’Annexion de l’Alsace-Moselle. De chaque côté des rues nouvelles furent bâtis soit des lotissements soit des immeubles plus personnalisés. De nombreux édifices Art nouveau égrenèrent alors le quartier, sans avoir le même lustre que la villa Majorelle. Victime de bombardements allemands (Gros Max) durant la 1ère guerre, certains édifices furent reconstruits en s’inspirant de l’Art Déco, nouveau style à la mode dans les années 20. Délaissant l’exubérance végétale de l’Art Nouveau, les artistes (architectes, verriers, ferronniers, etc), s’attachaient, entre autres, à un dépouillement des volumes avec des formes géométriques et un recours au béton, une simplicité dans l’ornementation, traduite par une stylisation des motifs décoratifs. L’avenue Foch nous offrit à voir deux beaux immeubles représentatifs de cet art.

Le Passage Marceau (ruelle), ouverte en 1893, desservait des bains publics – aujourd’hui disparus- qui connurent leur heure de gloire, des panneaux – encore visibles- annonçant les prestations proposées. A travers le plus vieux vestige conservé à Nancy, la tour de la Commanderie, érigée en 1140 par l’ordre de St Jean du Vieil Aître – ordre de moines/soldats-, M. Wernert fit un rapide panorama des mutations des lieux : du temps de la Commanderie qui comportait également une ferme, de la tour qui aurait pu disparaître si l’avenue Foch avait été prolongée. Cette ferme (donnant sur l’actuelle rue St Lambert) fut transformée en écuries et aujourd’hui en immeubles d’habitation ; la chapelle, jouxtant la tour devint une cartonnerie au XIXe et de nos jours, des appartements…

La balade fut agrémentée de quelques anecdotes, certaines savoureuses, comme l’achat du domaine par Louis Majorelle à Mme Kretz, sa propre belle-mère. La villa reçut d’ailleurs le surnom de Jika, contraction de Jane Kretz (1864-1912), épouse de Majorelle. Au coin des rue de Laxou et St Lambert, il fallut lever le nez pour apercevoir deux têtes sculptées en façade, celles de Pierre de Blarru, ecclésiastique et conseiller du duc René II, connu pour être l’auteur de la Nancéide, long poème relatant les relations agitées entre le duc, René II, et Charles le Téméraire, notamment la bataille de Nancy, perdue par ce dernier le 5 janvier 1477. René II avait établi alors son QG dans la tour de la Commanderie La seconde sculpture, côté rue St Lambert, n’est autre que celle de J.-F. de Saint Lambert (1716-1803), nancéien d’origine, grand ami de Voltaire et amant successivement de la marquise de Boufflers et de la marquise Emilie du Châtelet…

Après ce cheminement, il est apparu comme une envie d’y retourner et de prendre son temps pour découvrir davantage de réalisations, demeurées dans l’ombre de sites plus touristiques de l’ancienne cité ducale…

 

Gérard Colotte