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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
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Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrains
Renaissance du Vieux Metz et desPays Lorrains

"Lu pour vous" extrait de la revue n° 188

Quatre ans sous les obus — Journal de guerre d’Irma Parmentelot de Celles‑sur‑Plaine (Vosges) 1914-1921

Philippe NIVET, Jean-Claude FOMBARON, Yann PROUILLET – Éditions EDHISTO – 3ème trimestre 2017 – 375 pages - 19 €

Irma Parmentelot a 20 ans en 1914. Elle écrit un journal intime, en sténographie que nous ne connaissons pas, mais, consciente de vivre des moments historiques, elle en écrit un autre en parallèle, pour témoigner d’une période exceptionnelle.

C’est celui-ci que nous livrent les éditions EDHISTO. Irma vit avec ses parents et une jeune sœur à Celles-sur-Plaine, petite localité vosgienne de 1 500 habitants, à proximité de Raon‑l’Étape à seulement 1 800 m de la ligne de front qui restera stable de septembre 1914 jusqu’à l’armistice. La vie de la population civile est très particulière ; elle est rendue possible par un incroyable accord tacite entre troupes allemandes et françaises qui est de ne pas bombarder les habitations civiles. Il n’y aura pas pendant ces 4 ans d’action militaire d’envergure mais les échanges d’artilleries entre positions fortifiées sont quasiment quotidiens, les heurts entre patrouilles courants. Il y a donc en permanence des militaires tués mais rarement des civils. Les habitants participent aux cérémonies d’enterrement, fleurissent les tombes ; les jeunes femmes comme Irma sont sollicitées pour soigner les blessés. Leur état d’esprit est typique de cette période, les rites catholiques sont très suivis, le patriotisme est très fort. Les Allemands, en général Irma écrit les « boches », sont détestés. Et pourtant les rapports avec les soldats allemands lors de la courte occupation de fin août-début septembre 1914 sont étonnement bons et Irma les trouve agréablement intentionnés… Tout au long de la guerre, des soldats alsaciens-lorrains désertent ; même quand ils parlent français, Irma les considère comme des Allemands, parfois des boches ; quand elle apprend que son frère, soldat français, a été tué lors des combats d’août 1914 et enterré sur place dans la région de Château-Salins, elle déplore que ce soit en « terre étrangère ». La fin de la guerre bouleverse la routine étrange qui s’était établie ; les Américains arrivent, préfigurant, avec leur niveau de vie bien supérieur, ceux de la guerre suivante. La petite ville est finalement évacuée en août 1918 sans que l’on comprenne tout à fait pourquoi. Le va-et-vient incessant des véhicules provoque l’accident grave de la mère d’Irma qui perd une jambe. La paix revenue, Irma sacrifie la possibilité d’un travail intéressant d’infirmière dans le civil pour s’occuper du foyer familial entre son père et sa mère impotente. Les historiens responsables de cette publication, après une double introduction de contexte l’accompagnent d’une grande profusion de remarques explicatives en bas de pages, très utiles et pertinentes. Comme Irma Parmentelot l’avait pressenti, son journal s’avère être un témoignage très intéressant. Elle n’avait cependant peut-être pas imaginé qu’au-delà de la relation des faits, elle nous captiverait par la révélation de la mentalité d’une époque qui, un siècle plus tard, paraît bien lointaine, presque exotique.

 

Ducs de Lorraine — Biographies Plurielles de René II à Stanislas

sous la direction de Laurent JALABERT - Éditions des Paraiges – Novembre 2017 – 220 pages- 20 €

Cet ouvrage collectif rassemble chronologiquement les biographies des neuf ducs régnant sur le duché de Lorraine de 1473 à 1766, année du rattachement au royaume de France. Il commence logiquement par René II : ce prince est le fondateur de la dynastie issue de la maison d’Anjou. Il est le vainqueur prestigieux de la bataille de Nancy en 1477 contre Charles le Téméraire. Il apporte dans ses armes la croix qui deviendra Croix de Lorraine. Son fils aîné Antoine lui succédera alors que son cadet, Claude, sera le fondateur de la Maison des Guise. Puis viennent Henri II, Charles III dont les funérailles extraordinaires en 1608 feront date, Charles IV, Charles V, Léopold Ier et François III. Stanislas enfin fera en quelque sorte transition entre la fin de la dynastie et le rattachement à la France. Pendant près de trois siècles, on peut suivre la politique de ces ducs, évoluant selon leurs personnalités et les contextes historiques mais toujours avec une constance : d’une part la tentative d’affermir sur leurs terres un pouvoir qui ne sera jamais aussi fort que celui d’un monarque absolu, d’autre part la résistance aux ambitions antagonistes des deux voisins beaucoup plus puissants que sont le roi de France et l’empereur d’Autriche. Le glissement de la Lorraine vers la France paraît très tôt inéluctable. Le comportement totalement irrationnel de Charles IV à la personnalité fantasque, duc de 1625 à 1675, est de ce point de vue plus accélérateur que déclencheur. On ne se lasse pas de suivre les politiques matrimoniales inventives de la Maison de Lorraine dont les derniers membres sont de sang mêlé Habsbourg et Bourbon-Valois. Au fur et à mesure que le duché glisse vers la France, ses ducs se rapprochent de plus en plus des Habsbourg. Le dernier de la lignée à régner, François III, choisira en 1737 d’abandonner son duché pour épouser Marie-Thérèse d’Autriche et devenir Empereur du Saint Empire Romain Germanique. Le Royaume de France contrôle dès lors complètement la Lorraine. Stanislas s’occupe des Arts (avec de remarquables réalisations architecturales), de sa cour brillante et des bonnes œuvres mais c’est l’intendant de Louis XV, Antoine-Martin de La Galaizière qui, de fait, administre. Une décision symbolique, typique de la centralisation française, sera d’interdire l’usage de l’allemand dans la partie germanophone du duché, le bailliage d’Allemagne, dès 1748. Cet ouvrage nous permet, de façon originale au travers de la vie de ses Ducs, de parcourir l’histoire du duché de Lorraine jusqu’au rattachement de 1766. Il est bien illustré avec de nombreux portraits, les arbres généalogiques indispensables pour suivre les alliances matrimoniales et des cartes qui, à elles seules, permettent de visualiser la situation géographique inconfortable du duché.

 

Défendre Metz à la fin du Moyen-Âge — Etude de l’enceinte urbaine

sous la direction de Julien TRAPP et Mylène DIDIOT – PUN-Presses Universitaires de Lorraine – octobre 2017 – 559 pages- 25 €

La Porte des Allemands en page de couverture est la meilleure introduction à cet ouvrage : on la retrouve constamment au cours de la lecture. Elle est la seule encore en place des 7 portes principales que comptait Metz au Moyen-Âge. Au début du XIIIème siècle commence la construction de l’enceinte fortifiée. La Seille est détournée pour la première fois pour passer à ses pieds. Les évolutions des armements, en particulier l’apparition et le développement des armes à feu et de l’artillerie, imposent la création d’un ouvrage fortifié avancé, un « Boulevard » (de l’allemand Bollwerk). L’état actuel correspond à peu près à celui de 1552, année du rattachement de fait à la France.

Le livre est centré sur la période de 1200 à 1552. La ville de Metz est alors quasiment indépendante. Elle a développé une organisation originale de la gestion de ses fortifications, émanation du gouvernement des Treize. Les « Sept des Murs », le « Gouverneur des Murs » sont les responsables des constructions, de l’entretien alors que « les Sept de la Guerre » sont responsables des moyens de défense, hommes et matériel. On peut suivre l’évolution de l’enceinte pendant toute cette période où elle est utile et indispensable, bien que très coûteuse. Metz résiste aux assauts des ducs de Lorraine et de leurs alliés en 1324, 1428, 1444, 1473, 1491, de Franck von Sickingen en 1518, jusqu’à celui de Charles Quint en 1552. La construction de la Citadelle sous l’autorité du Royaume de France à partir de 1560, rendue nécessaire par les destructions du dernier siège, marque la fin de l’indépendance de la ville. L’obsolescence de ces fortifications apparaît dès le XVIIème siècle ; alors débute leur lent et progressif démantèlement jusqu’au milieu du XXème siècle. Des 5,6 km de l’enceinte d’origine, il reste environ 1,5 km maintenant protégés au titre des Monuments historiques entre la Porte des Allemands et le confluent Seille-Moselle et quelques rares vestiges isolés comme la Tour Camoufle.

Cette publication est un véritable jalon pour la connaissance de Metz au Moyen Âge. C’est un ouvrage collectif auquel ont participé les meilleurs spécialistes actuels dans leurs domaines respectifs. Les sources documentaires anciennes utilisées sont considérables. Tout est fait pour rendre la lecture agréable et aisée. Un lexique fournit les clés indispensables pour la compréhension des termes militaires ou issus du français messin du Moyen Âge. Les illustrations, fac-similés de documents anciens ou reconstitutions sont abondantes et de grande qualité. À elle seule, la représentation sur double page de Metz au XVIème (Historia Metensis) est extraordinaire. La consultation de cet ouvrage deviendra sans aucun doute très vite incontournable pour tous ceux qui s’intéressent de près à l’Histoire de Metz.

 

Longwy — La forteresse dévastée — 21-26 août 1914

par Jean-Yves MARY – Éditions des Paraiges – mars 2017 – 207 pages – 35 €

L’ouvrage se présente comme un livre d’images, guide de visite dans le temps et dans l’espace de la ville fortifiée de Longwy-Haut. L’histoire commence en 1679 quand Louis XIV exige de Vauban la création de la place forte. Elle ne résistera pas beaucoup aux trois sièges de 1792, 1815 et 1870 et c’est dans un état très proche de celui de la fin du XVIIème siècle qu’elle fera face à l’invasion allemande d’août 1914. Pilonnée par une artillerie moderne, aucune résistance n’est possible. Au bout de 6 jours destructeurs, la place capitule. La « visite » commence au tournant du siècle, en suivant l’itinéraire du tramway qui monte de Longwy-Bas. Les cartes postales sont abondantes ; les commentaires mettent en évidence des détails peu visibles à première vue sur ces photos en noir et blanc ; l’usage d’une loupe n’est pas inutile et ajoute au plaisir de la découverte. Il y a les bâtiments, quasiment inchangés depuis l’époque de Louis XIV, et aussi les hommes, civils et militaires qui vaquent à leurs occupations, quand ils ne posent pas pour le photographe. Une deuxième partie fait le bilan des impressionnantes destructions de 1914 : c’est principalement le reportage photographique d’un correspondant de guerre de l’armée allemande que l’on accompagne à travers la ville. Plusieurs plans détaillés de la place forte permettent de suivre son cheminement. Puis c’est la reconstruction d’après-guerre qui se fait dans un premier temps en respectant l’architecture d’origine. Ce n’est malheureusement plus le cas de l’urbanisme des années cinquante-soixante qui parachève en quelque sorte les destructions de la 1ʳᵉ Guerre.

Aujourd’hui il reste encore environ 50 % du bâti du XVIIème siècle qui a été bien mis en valeur. Le livre de Jean-Yves MARY, agréablement composé et s’appuyant sur une solide connaissance de l’architecture et de l’histoire de sa ville incite très fortement le lecteur à se rendre sur place pour découvrir ou redécouvrir la belle forteresse Vauban de Longwy.